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Mise à jour du : 05/02/05
HOMMAGE à
Pierre Rossi
Biographie par Brahim Zeddour, publiée
avec son aimable autorisation
Les pieds en Corse et le coeur
en Orient
Le stimulateur de conscience
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Universalisme et lumière
Lumière et vérité
Vérité et conscience
Conscience et liberté |
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Pierre
Rossi (1920
Aullène - 2002 Ajaccio, dit Petru). Diplomate, écrivain et philosophe,
il a consacré sa vie à méditer sur le destin de l’homme dans le
mouvement universel. Il aura laissé une œuvre capitale qui nous
enseigne l’essentiel dans la condition humaine et dans la solidarité
des peuples.
Avec une pensée riche, dense, profonde et en tout cas rarement
égalée, il a su cerner magistralement les grands défis qui se posent
au devenir de ce que Arnold Toynbee appelait "la grande aventure
de l’humanité".
" Il y a des cieux dans l’âme qui gouvernent les cieux de ce
monde ", telle pourrait être la toile de fond de la pensée de
Pierre Rossi. Cette citation, puisée dans le patrimoine irakien
antique, lui a inspiré ce remarquable commentaire : " Ce qui,
traduit dans le langage du rationalisme occidental, signifie que la
morale est en fin de compte plus politique qu’une politique sans
morale. "
Né le 28 octobre 1920 à Aullène (Corse), il prépare l’Ecole
normale supérieure au Lycée Louis le Grand et enseigne les lettres
classiques. Agrégé de grammaire, chercheur et philosophe, il est un
des observateurs les plus autorisés du monde arabe. Il a passé la
majeure partie de sa vie en terre arabe.
Après avoir créé à Assiout (Haute Egypte) un foyer franco-égyptien,
il fonde en 1952 et dirige à Bagdad le Centre culturel de l’Ambassade
de France. Il a accompli au titre de chargé de missions culturelles de
très nombreux voyages entre Alger et Mascate, visité tous les pays
arabes et rencontré de nombreux chefs d’Etat. Ami très proche de
Mohamed V, son intervention fut prépondérante pour la réinstallation
du roi dans ses prérogatives.
Par ailleurs, Pierre Rossi traite des questions arabes dans l’hebdomadaire
"La Tribune des Nations" (où il signait ses articles
sous le pseudonyme de Pierre d’Istria) et la revue "Orient".
Il appartient à une famille traditionnellement en relation avec l’Islam
; son grand-oncle a servi en Egypte sous le Khédive, qui le promut
général et pacha.

Altu Taravu - 07/99
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En
1989 Pierre Rossi rencontre Magà Barbarossa,
un jeune peintre qui prépare une exposition sur l’Egypte ("Le
visible porte l’invisible") et l’aide dans ses recherches. Un
an plus tard et pendant sept ans, il acceptera de diriger la rédaction
de la revue Intelligenza créée par Maga Barbarossa au sein de
laquelle se succèderont les plus brillantes plumes de l’île de
beauté dont Jacques Renucci et Claude Polifroni. Pierre Rossi rédige
une critique du peintre (Corsica - 1996) qu’il conclue ainsi :
" J’ai initié un courant d’art parti de l’Orient qui a
fait lever chez Magà Barbarossa, mon élève à la crinière léonine,
une profusion de méditations créatrices, preuves que nos routes se
croiseront un jour à Babylone. "
Riche d’un immense savoir, Pierre Rossi était l'un des plus grands
penseurs de son temps. Il présentait l’histoire autrement plus
vivante que la pensée scolastique ne tente de la réduire. " Il ne
faut jurer de rien. A chaque coin de l’histoire conformiste se tient
un diable ricanant ". Ainsi nous mettait-il en garde - comme il n’a
jamais cessé d’ailleurs de le faire sa vie durant - dans son article
"Songes et mensonges de l’histoire", paru dans la
revue Intelligenza de septembre 1993, paraphrasant le célèbre
tableau de Picasso "Songes et mensonges de Franco"
(1937) qui dénonçait la tyrannie du franquisme. Pierre Rossi évoque
dans cet article plusieurs grandes affaires symboliques (Sekenenrê Taâ,
Jeanne d'Arc, Fouquet, Jésus, Dreyfus, Ravaillac, Napoléon) pour
stigmatiser le mensonge au nom de la Raison d'Etat.
Très tôt, il s’est passionné pour "l’univers arabe"
- comme il se plaisait à l’appeler - quand il a croisé, à sa source
("l’ensemble egypto-cananéo-babylonien"), ce
" courant vivifiant ". Un tel cursus devait tout
naturellement l’amener à se démarquer du dogme orientaliste avec ses
visions réductrices et ses abstractions idéologiques. Et s’il a
grandement contribué à une meilleure compréhension de l’Orient, des
Arabes et de l'Islam, il a également œuvré inlassablement à l’émergence
d’un monde nouveau où l’on aurait assisté au déclin de l’esprit
des croisades et à la fin du choc des civilisations. En témoignent les
nombreux ouvrages d’une exceptionnelle rigueur intellectuelle qu’il
y a consacré :
-
"L'Irak
des révoltes" (Editions du Seuil)
-
"La
Libye" (Editions Rencontre)
-
"La
Tunisie de Bourguiba"
(Editions Kahia - Tunis)
-
"De
Suez à Akaba" (Editions Cujas)
-
"Le
pétrole arabe dans la guerre"
(Editions Cujas)
-
"Les
Clefs de la guerre"
(Editions Sindbad)
-
"La
verte Libye de Khadafi"
(Editions Hachette)
-
"La
cité d’Isis, histoire vraie des Arabes" (Nouvelles éditions
latines)
-
"L’Irak
le pays du nouveau fleuve" (Editions J.A.).
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Dans "L’Irak
des révoltes" paru en 1962, il présente un peuple
en lutte depuis des siècles contre sa terre, que l’eau empoisonne
plus qu’elle ne la fertilise. Un pays où se mêlent les trois mondes,
asiatique, arabe et européen. Une croisée de routes commerciales
propices à l’établissement de grands empires. Des richesses
pétrolières moins miraculeuses qu’on ne croit. Tel est l’Irak,
enfermé dans un paysage qui l’isole et le maintient dans un âpre
destin. L’histoire y est une suite ininterrompue de guerres sociales
qui éclairent les conflits actuels d’une lumière curieuse. C’est
à Basrah, sur les bords du Golfe Persique qu’est apparu au Ixe
siècle le premier socialisme militant dont se réclame aujourd’hui le
syndicalisme arabe. Révoltes, répressions, jacqueries, grandes peurs,
capitales réduites en poussière : la révolution du 14 juillet 1958 ne
fut qu’un nouvel acte de cette tragédie permanente. Mais sa révolte
pour le pain, l’Irak l’a transformée, par une démarche
propre, en protestation de la conscience individuelle contre l’Etat.
La doctrine dissidente chiite, qui a brisé l’unité de l’Islam, a
fait de l’objection de conscience une force politique qui est la
donnée fondamentale de l’esprit public irakien.
Plus tard, en préfaçant l’essai d’Alice Bséréni, "Irak,
le complot du silence" (Editions L'Harmattan 1997) tout ému et
avec une grande sagesse, il écrira : " Ici la tragédie est dans l’air.
Vague après vague, le peuple irakien a essuyé toutes les guerres et
tous les fléaux naturels possibles et imaginables, sans jamais plier le
dos comme si, ayant bu à la mort avant la mort, il détenait une
puissance de résurrection inconnue chez nous ; il émane de sa
personnalité une sorte d’invulnérabilité intérieure qui lui fait
regarder comme vaines les injures mécaniques qu’on lui fait subir. (…)
La guerre du Golfe nous invite à méditer longuement là-dessus et à
nous dire que les plus perfectionnés des machiavélismes finissent par
connaître tôt ou tard leur maître qui s’appelle Vérité. "

Altu Taravu - 07/99
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En 1970, il publie "Les clefs de la guerre"
où il analyse les origines, le déroulement (bataille de
juin 1967, renaissance palestinienne, "négociations armées"
actuelles), et les perspectives de la guerre au Proche-Orient. Résistance passive, armées
classiques et menées populaires soutenues par la révolution, telles
sont les armes des peuples arabes. Pacifiques, ils sont entrés dans le
système de guerre pour contrer les desseins impériaux du Nouveau
Monde, responsable d’un drame qui porte en lui les germes d’un
affrontement mondial. Sans la moindre concession aux idées reçues, il
donne les clefs de ce conflit "américano-arabe" en
Méditerranée, celles du système de guerre moderne. Entretenant d’étroites
amitiés avec l’ensemble des responsables de la politique arabe, il
possédait des informations de première main dont il a utilisé la
substance pour écrire "Les Clefs de la guerre".
" Par Israël interposé et par Arabes révoltés nous voici donc
invités à répondre à la seule vraie question qui vaille d’y
réfléchir : où débouche la guerre conduite par les organisations
oligarchiques mondiales contre les peuples et les sociétés nationales
? Est-il possible de fonder une politique sur la mise en boîte sous
vide des hommes et des choses, sur la négation des originalités
nationales, du temps, des espaces et de l’humanité réelle ? Est-il
possible qu’Israël, qui est un rêve armé mais un rêve tout de
même, l’emporte sur la civilisation arabe, réalité permanente ? (…)
" Tenir Suez et ses abords pour contrôler l’ensemble de l’Ancien
Monde, tel fut et demeure le souci majeur de Washington et telle est
bien aussi la première clef du conflit israélo-arabe. (…)
" Le système militaire étranger installé en Palestine par le
Pentagone menace donc à la fois l’Europe, l’ordre arabe et la
tradition asiatique. Il est normal qu’il ait vu se coaliser contre lui
toutes les forces qui en Europe, au Proche-Orient et en Extrême-Orient
refusent de se plier à la nouvelle puissance impériale que sont les
Etats-Unis. La coopération qui a pu s’établir entre Paris, Moscou,
Le Caire, Hanoi et Pékin est donc la deuxième clef de ce qu’on a
appelé "la guerre des Six jours". (…)
" Il en est une troisième : l’adaptation des Arabes au système
de guerre qui leur est imposé en recourant à une résistance nationale
de longue durée, en opposant à la puissance des armes et du combat
éclair celle de leur masse, de leur géographie, de leur économie ;
déroutant ainsi les observateurs politiques qui en sont restés à
croire que, tout comme à Crécy, l’équilibre des sociétés est
modifié par le succès d’une charge de cavalerie (de Mirages ou de
Phantoms). (…)
" Reste une quatrième clef : la nation palestinienne. C’est pour
elle qu’a été ouverte la guerre il y a quelque cinquante ans et c’est
par elle qu’elle se fermera. (…) Or, du fait de la puissance de la
nation palestinienne, revendiquant la totalité de son sol au nom du
droit le plus sûr, l’entité israélienne se trouve entachée d’illégalité
et en quelque sorte prisonnière d’une Palestine dont elle peut nier
le nom mais pas la réalité terrienne et humaine." |
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"La cité d'Isis, histoire vraie des
arabes", paru en 1976 à Paris et réédité par l’ENAG à Alger en
1991, constitue la pièce maîtresse de l’oeuvre de Rossi. Il y posait la
problématique de l'Islam et l'impérieuse nécessité de connaître l'histoire
du monde arabe. " Une vision bornée de l’histoire nous a imposé d’en
localiser les sources non loin de chez nous, dans l’aride péninsule
hellénique et sur les misérables rives du Tibre. Les Européens réduisent
volontiers les origines de leur culture aux cantons athénien et romain. C’est
là une appréciation erronée : elle nous a été inspirée des partis pris
confessionnels et politiques. (…)
"Nous sommes restés des Arabes dans notre
foi comme dans nos scepticismes. Dans l’Orfo de Monteverdi où plane la
divinité solaire, dans la forêt infernale où rôde la panthère de Dante,
tout autant que dans la science contemporaine où règnent l’atome et la
logique des hypothèses, se fait entendre en sourdine le murmure continu de nos
sources orientales. Il suffit d’y prêter l’oreille. "
La cité d'Isis, où il a su magistralement mettre en évidence la
fraternité des trois religions monothéistes, à travers le voisinage
géographique et la parenté spirituelle, lui avait valu d'être invité
officiellement à Damas.
De même qu’il a publié deux romans, "Un
soir à Pise" et "Les Conjurés d'Aléria".
"Un soir à Pise" (Editions Flammarion). Ce soir à Pise,
Niccolo et Pia del Tolomei donnent une réception pour l’anniversaire de leur
mariage. La Pia y a convié un jeune Français rencontré - furtivement - sur
une plage, l’été dernier. La passion qu’il lui voue l’enchante et l’effraie.
L’enchante parce que, sous son regard, elle se sent enfin exister ; l’effraie
parce que l’autorité ombrageuse de son mari lui est repos et protection. Dans
ces ouvrages il serait naïf de ne pas y lire comme dans les plus fins ouvrages
politiques de Petru Rossi, sa vision critique sous couvert de romance et de
romantisme. Dans ce premier roman, Pierre Rossi n’a refusé ni la clarté du
récit, ni l’intrigue, ni même le "suspense"… Mais, si l’époque
du drame n’est pas précisée, c’est pour faire entendre sans doute que ces
personnages de passion, saisis dans le double mouvement d’une expérience et d’une
culture sont aussi "des figures".
"Les Conjurés d'Aléria" (Editions
La Table ronde). A l'aube de la Renaissance, la Corse aidée par des cités
sarrazines se soulève contre la domination de la sérénissime République de
Gênes. Sur ce fond historique, deux personnages s'affrontent dans une lutte
sans merci où alternent insurrection et répression : le redoutable gouverneur
militaire envoyé par Gênes pour mâter la révolte et l'ardente Maria di Ghjan
Paulu, fille d'un petit noble corse, héroïne de la rebellion. |
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Pierre Rossi n’est pas resté indifférent à
l’égard de l’Algérie, il
eut cette pensée :
" Tout homme porte en lui la forme entière de
l'humaine condition. La fraternité n'est pas seulement un commandement d'ordre
moral. Elle est aussi et surtout une communion substantielle. C'est pourquoi si
la victime de la torture est déchirée dans sa chair et dans son âme, son
bourreau, quant à lui, s'exclut de l'espèce humaine. "
En 1995 il signe un article "Légalité
et légitimité" où il pose la problématique des évènements qui ont
secoué l’Algérie au début des années 90 tout en clarifiant sa position. Il
reprend cet article sous le titre de "Repenser nos certitudes"
pour préfacer l’ouvrage de Si Othmane "L'Algérie, l'origine
de la crise ou, La guerre d'Algérie, suite et fin" (Editions Dialogue
1996).
Il écrit : " C’est pourquoi le présent ouvrage signé de l’Algérien
Si Othmane, lorsqu’il traite de l’actuelle " guerre d’Algérie
", il se réfère avec juste raison à la première guerre dont elle est
issue et qui s’appelle conquête de 1830, conduite par l’Etat français
contre le peuple algérien, une guerre qui n’a connu en fait ni trêve ni
repos malgré les apparences. Ecartant résolument les détails des
circonstances présentes qui servent surtout le journalisme plus que les
vérités fondamentales, Si Othmane pose le vrai problème qui depuis des
siècles nous interroge sur la guerre et la paix. Problème qui touche aux
racines mêmes de l’histoire. Car la guerre ne se propose pas seulement de
tuer des hommes et de détruire des cités. Elle travaille patiemment, au- delà
de ces destructions brutales à démolir un ordre politique, culturel,
esthétique et social, voire spirituel, bref un art de vivre."
Il continue son raisonnement : " Estimer comme le font certains que la
crise algérienne se résoudra aisément une fois que les Algériens, tous les
Algériens, se seront convertis à l’idéologie occidentale, c’est dire une
fois que l’Algérie aura été dépossédée de son identité ancestrale,
autant dire de sa mémoire, est une
coupable illusion. Curieuse proposition puisque c’est précisément dans cette
mémoire que le peuple algérien voit sa richesse la plus inaltérable alors que
dans le modèle occidental qu’on voudrait lui inculquer, loin de saluer une
promesse de bien être, le peuple algérien y verrait plutôt le commencement d’une
décadence qui l’entraînerait à n’être que la réplique simiesque d’une
société bourrée d’abstractions autrement dit de corps morts." Il
conclut qu’" il ne peut en effet y avoir situation de légitimité qu’à
la seule condition que la loi, fluctuante et précaire par nature, fasse cause
commune avec le droit, valeur permanente et universelle. "

Altu Taravu 07/1999
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Sa passion pour le monde arabo-méditerranéen et asiatique ne s’est jamais
altérée et, tout en apportant assidûment son précieux concours aux
activités de l’Institut du Monde Arabe (IMA) de Paris, il rédige pour la
revue Arabies de remarquables articles. Rappelons celui publié dans le
numéro de janvier 1995 : "La route de la soie - Caravanes d’hier,
stratégies de demain – Chemin des rois, chemin des peuples et des moines".
" Il en est des configurations
géographiques comme des constellations célestes. Elles sont immuables. Il
existe, sur terre, des emplacements prédestinés qui sont les passages obligés
de l’histoire du monde. La grande constellation triangulaire du Sinaï est de
ceux-ci. Laissons l’histoire officielle sacraliser certains "grands
hommes" triés sur le volet. En réalité, c’est la géographie
transposée en stratégie qui dresse les plans, impose sa loi, conduit les
armées, les pèlerins et les marchands. (…) " Ce terme de Route de la
Soie à résonance poétique ne doit pas faire illusion. Longtemps artère
nourricière des trois continents d’Afrique, d’Europe et d’Asie, en
matières premières, en produits finis, en sciences, en techniques médicales
ou astronomiques, navales et agraires, industrielles et monétaires, en
philosophies et religions, en art et en savoir-vivre, puis éclipsée par l’essor
et la volonté de puissance de l’Occident, voici que cette route, sous la
poussée d’une vitalité remontée du fond des âges, s’apprête à
reprendre sa marche vers un Occident plus ouvert et plus conscient de l’héritage
qu’il en a reçu et trop longtemps négligé. "
Il collabore à l’Encyclopedia Universalis et
rédige les articles sur l’Irak et la Libye. Au sujet de l’Irak, il écrit
notamment : " Il est vrai que la découverte relativement récente d’importants
gisements, de pétrole et de soufre notamment, ont attiré sur l’Irak l’attention
des nations industrielles qui ont eu parfois tendance à réduire le pays à l’expression
d’un pur et simple "espace économique", alors qu’il se veut une
"société politique" qui tente de se dégager un avenir conforme à
un destin dont l’antiquité n’a pas effacé la nostalgie. En cela, l’Irak
ne fait que vivre un drame propre à l’évolution contrastée des temps
modernes. On y parle beaucoup de "révolution", terme qui désigne
sans doute, ici comme ailleurs, le désir d’un peuple de ne pas s’oublier,
de remonter au contraire aux sources originelles dont il est issu. La conscience
de ce qu’il fut amène l’Irak à s’engager dans une véritable reconquête
de soi dont les phases, pour confuses qu’elles paraissent, ne doivent pas
faire perdre de vue la lumière directrice."
Par ailleurs, Pierre Rossi a occupé les
fonctions suivantes :
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Dévoué à la cause de la Corse, fasciné
par Pasquale Paoli " cet homme de paix, militaire ", proche
du mouvement clandestin et membre des douze, il a contribué avec son ami Edmond
Simeoni à ériger la philosophie du nationalisme corse : " Larvatus
prodeo (je m’avance masqué), c’est ce dont nous avions besoin à l’époque
" précisera-t-il dans U Ribombu (dont il fut rédacteur dans les
années 80), en ajoutant : " J’assume mon modeste rôle de
stimulateur de conscience ; la passivité de notre peuple à cette époque
nous semblaient, à mes amis et à moi, indigne d’un passé façonné par la
résistance. Aujourd’hui l’actualité est différente, le monde en mouvement
offre de nouvelles donnes et les activités militaires ne sont pas
recommandables. Notre destin s’accomplira pacifiquement avec l’Europe dans
une communauté des régions au sein de laquelle la Corse retrouvera la paix, la
prospérité, l’honneur et le courage qui lui faisait naguère défaut. (…)
L’assistanat et la sur-administration
sont les principales drogues qui courent dans nos veines, la perte de nos
valeurs, de notre langue et l’acculturation sont les principaux dangers. Nous
devons former nos élites et soutenir chaque maillon de notre société civile.
"
Militant actif dès la création de l'Uniona di u Populu Corsu, puis
sympathisant d’Unità Naziunalista, Pierre Rossi était responsable -
toujours avec Edmond Siméoni - de l’association de soutien à l’Université
de Corse créée en 1981. Déçu par ce qu’il dénonçait comme une vision à
court terme des dirigeants, il n’hésitera pas à s’en prendre à la
structure universitaire (Intelligenza - 1994) dans un pamphlet
intitulé : "Université de Corse, les rois de la stampa". Un
article amer faisant le constat de treize années d’échec au moment ou l’île
devait recevoir son "retour sur investissement" et voir
l’avènement de la première génération de l’élite corse :
" Nous avons privilégié le caractère social immédiat plutôt que
de miser sur l’avenir, mis en avant le réseau d’amitié au lieu de viser la
compétence, cultiver le concept de l’emmuré quand nous devions visiter notre
voisinage géographique et culturel ".
Ses implications dans la vie politique servaient de trame à l’écriture de Petru Rossi. Pour preuve ses nombreux livres sur la Corse dont en
1989 avec Pierre Bartoli : "U disturbu 1789-1989, la mise à sac"
ou en 1991 "La Corse, l’Europe et le droit", qu’il co-signe
avec Lucien Felli (Editions La Marge). Il a également rédigé et préfacé le
projet de constitution de la Corse indépendante : "Si spiritus pro
nobis. Quis contra nos" (l’indépendance comme seule voie de la
paix). Il livre sa pensée partisane dans un article paru sous le titre "Toujours
rebelles" dans l'hebdomadaire Kyrn du 13 octobre 1989, à
l'occasion d'un numéro spécial consacré à un colloque sur les îles. "
La mode est à l'ignorance de l'histoire. Sinon on saurait que toute île, si
étroite soit-elle, a servi de marchepied à la communication des mondes et que
c'est dans ce rôle qu'elle doit être jugée, appréciée, considérée. (…)
Le cas de la Corse est dans ce domaine typique. On lui a inventé tout exprès
un présent et un passé hors d'elle-même, afin de mieux programmer, une fois
sa mémoire détruite, les étapes de son autodestruction. (…) Il est donc
indispensable pour parler de notre pays de nous référer à toutes les îles,
mers et terres dont elle est la parente, l'alliée, la voisine ou non. Nous ne
sommes pas nés d'hier, pas même en 1789 et nous survivrons certainement
longtemps aux institutions, règlements, et constitutions dont on nous a
enténébrés.
" La Corse comme ses autres soeurs
insulaires de la Méditerranée est fille de l'Asie. Continûment depuis le IXe
millénaire avant notre ère qui vit les grandes migrations parties d'Asie
gagner de proche en proche jusqu'aux rivages de l'Atlantique hispanique ou
vendéen, véhiculant le savoir vivre, le savoir travailler, penser et mourir,
les îles n'ont cessé de vivre de la substance asiatique puis afro-asiatique. (…)
" Soucieux avant tout de préserver la société de l'immoralité l'Orient
a toujours préféré, hier comme aujourd'hui, la loi intérieure au droit
extérieur, la pratique de la coutume à la juridiction positive, la psychologie
à l'écrit, créant ainsi une civilisation où la garantie morale plus que la
peur du gendarme maintenait la cohésion sociale à un haut niveau de
responsabilité individuelle et collective. Ainsi par le sens de la solidarité,
grâce à un collectivisme organique puissant, les îles ont pu se passer de
l'énorme armature juridique inventé par un Occident, contre lequel elles ne
pouvaient manquer de se rebeller. "
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Le 25 décembre 2002, Pierre Rossi a quitté ce monde, permettant la
réalisation de la chrysopée. Cette terrible épreuve qu’il attendait et
redoutait allait conduire le vieux sage vers sa chère Babylone où il ne
manquera pas d’inviter à sa table Socrate, Pasquale Paoli, Malek Benabi, l’Emir
Abd-el-Kader, Victor Schoeler, Pythagore, et d’autres de ses penseurs et
maîtres vénérés. Un petit groupe d’amis ont porté Pierre Rossi vers sa
dernière demeure où les cistes, lentisques, thym, cyclamen, crocus,
immortelle, anémone, chèvrefeuille, romarins, genêts, arbousiers, myrtes,
fougères, asphodèles et ronces, encadrés par des chênes, pins Laricio,
acacias, hêtres et châtaigniers, selon la saison se disputent l’espace. En
haut d’une butte surplombant les forteresses granitiques du village d’Aullène,
ostensiblement orienté vers l’orient, le temple de Pierre Rossi offre une vue
magistrale sur la vallée de l’Alta Rocca en direction de ses frères de
"l’au-delà des mers". |
Brahim Zeddour

NDLW : La biographie de
Petru Rossi peut également être lue sur le site : www.aloufok.net
, publication électronique du Mouvement démocratique arabe
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