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Définir
Jean Mattei en quelques lignes relève de la gageure tant son parcours
est riche et diversifié. Si l’exercice devait être tenté, ce serait
dans un condensé de superlatifs. Jean Mattei est un citoyen du Monde,
incapable de compromis face à l’injustice, amoureux de la nature,
dévoué à sa Corse, sa famille et ses amis. Son parcours professionnel
se décline comme un bouquet de mélodies, rappelant que l’homme est
avant tout artiste (harmonica, guitares, compositions, mandoline, voix,
…). Jean Mattei demeure l’un des rares artistes ayant connu l’insouciance
des "Sirinata Ajaccina" (groupe folklorique Ajaccien -
1964 à 1967) et le militantisme culturel des ensembles poly-vocaux (‘’I
Muvrini’’, ‘’Alte Voce’’). Prenant conscience d’un
besoin de sauvegarde du chant traditionnel, ils furent (1977) avec
Ghjuliu Bernardini, Paul Coddaccioni et les frères Salvatorino, à l’origine
du groupe ‘’I Muvrini’’. Sa passion, Jean l’exprime à
cette époque en dispensant des cours de chant et d’initiation à la
langue corse à Ajaccio (école St-Paul) sous la direction de Pierre
Mela et à Bastia avec Ghjuvan’ Terramu Rocchi et ‘’Scola
Aperta’’. Une expérience, qui permettra à une génération d’enfants
insulaires de se réapproprier langue et chant maternelle
(enregistrement de trois albums : ‘’Campemucci’’, ‘’Aio’’,
‘’Canta cantemu’’). Jean contribuera ainsi au passage du
témoin suscitant ainsi de nombreuses vocations.

Isula Bella
En
1987, Jean initie ‘’Isula Bella’’, un groupe vocal et
musical qui synthétise l’ensemble des répertoires qu’offre la Corse
d’hier et d’aujourd’hui. Cette période semble charnière entre l’autodidacte
bouillonnant et le maître accompli. ‘’Piu che Maï’’ ‘’Sole
Rossu’’ et ‘’Per una Mélodia’’, ses trois albums du
moment révèlent une force grandiose, un engagement irréversible, une
sensibilité ‘’féminine’’ et des prédispositions qui
sauront éclore dans‘’Rêveries à l’harmonica’’.
A
zampunia, l’harmonica, quel instrument pouvait mieux caractériser ce
son suspendu dans l’aube tiède, entre roches pourpres et terre
turquoise, léger telle la brise guidant le blanc animal vers son dernier
repos, furieux comme cette vague qui revient chaque matin, inlassablement,
se coucher sur la plage, sa compagne délicate et discrète, mère de ses
sensations, muse qui accepte, pour le bien de l’artiste, le bal des
courtisanes et inavoués adversaires. Car la musique n’a pas de maître,
elle se prend, elle se vole, elle se conquière comme une bataille où
chacun use de ses armes, où chacun use de ses charmes. La musique n’a
pas de maître, mais elle sait rendre les hommages secrets plus intenses,
sur cette terre où règnent les non dits, pour un artiste qui conçoit
que l’invisible porte le visible, que l’absence de son transcende le
son. Et l’amalgame se fait dans l’esprit du mélomane, il sent l’âme
de ‘’Super Léo’’ planer tel une mouette (Accula Marina,
titre phare de l’album Rêveries à l’harmonica) dans le soleil
couchant (Sole Rossu).

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Tradition et modernité
Les
compositions d’’’Alte Voce’’ semblent moins intimistes que
le dernier album de Jean Mattei, ‘’Ghuvan’ Melodie’’.
Dans
‘’Lingua Materna’’, ‘’Alte Voce’’ offre une
passerelle entre la Corse et le Monde, dans une interprétation pétrie de
traditions et de modernité.
La
tradition, Jean Mattei et ses amis ont su la trouver dans leur histoire et
leurs recherches personnelles, empruntant la route de précurseurs tel Paulo
Quilici que Jean considère comme son maître.
La
modernité apparaît comme le fruit d’une adéquation entre les artistes
et leur époque ; une impression de déjà entendu, au moment des "Sirinata
Ajaccina" en 1964, d’’’I Muvrini’’ en 1977, de
Paulo Quilici en 1983, d’’’Isula Bella’ en 1987 ou de ‘’Alte
Voce’’ en 2003, une musique empreinte de l’air du temps, qui
rebondit de Peddi Murredda à Verdun en passant par les Amériques. Un
secret que tous les alchimistes du show bisness ne sont pas prêts de
percer. Jean Mattei se comporte comme une éponge, absorbe le temps
présent, le temps passé, la tendresse de ses amis, l’esprit de ses morts
et de ses vivants, l’héritage de l’humanité, ses joies et ses peines
pour les retranscrire en musique, créant là, une atmosphère
particulière, propice à la construction d’un futur idéal ou règnerait
justice, égalité et fraternité.

Alte
Voce
Cette
maîtrise de l’ouvrage, Jean Mattei la met désormais au profit d’‘’Alte
Voce’’, un ensemble de six hommes et une femme (Bati Denobili,
Frédérick Torre et Carulu Nicolini - chants, guitares ; Fanfan Cesari
- chant polyphonique ; Rosanna Cesari - auteur, compositeur,
interprète ; Titou Donati - Mandoline ; et Ghuvan’ Mattei - le
guide) .lié par le chant, mais aussi par l’amitié, la découverte des
mystères, de la culture et de l’histoire de l’île, la fierté d’appartenir
à la race des hommes dans ce qu’elle a de plus noble, la prise en compte
et le respect des autres cultures, l’admiration pour de grands hommes
comme Victor Schoelcher (qui lutta toute sa vie pour l’abolition de l’esclavage)
ou de petite gens comme cette grand-mère près de Cuttoli, l’impossible
quiétude quand une enfant nous quitte ou que notre montagne nous arrache
ceux que l’on aime, la stupéfaction de se retrouver encore là, et
vieillis, après tant d’automnes et tant de printemps, le désir d’être
affranchis de toutes servitudes, le bonheur quand on voit ses enfants
grandir pour nous dérober notre panache, la sérénité et la confiance de
l’être qui nous accompagne, le pardon de tant d’injustices quand ‘’Petit
Xavier’’ après tant de courage se dresse enfin dignement devant ses
frères, l’amour et la passion pour une expression venant de la nuit des
temps préservés sous la cendre du Fucone pour renaître plus fort et se
faire entendre plus loin comme un hymne à la liberté et à la tolérance.
Magà Barbarossa (03/03/03) |